Le
Kawa Ijen... rendu célèbre par Nicolas Hulot dans son émission Ushuaia... lac d'acide couleur vert émeraude, porteurs de souffre... pas besoin de faire un dessin, ça faisait un
moment que je voulais y aller !
Curieusement, l'occasion ne s'était encore jamais présentée. Il faut savoir que ce volcan n'est pas très facilement accessible (et tant mieux). Il se situe à l'extrême Est de l'île de Java en
Indonésie, et il existe donc deux solutions pour rejoindre la zone: arriver via Surabaya, ou alors via Bali.
Profitant d'un week-end de 3 jours, nous réservons les billets avec Silkair pour Surabaya. Il est 9h du matin quand nous atterrissons à Surhabaya, et, comme d'hab, c'est séance improvisation
car nous n'avons rien réservé. Nous hésitons à tenter l'option "cheap", à savoir rejoindre le terminal de bus et alterner les bus et bemo publics pour rejoindre Bondowoso, point de passage obligé
pour rejoindre le Kawa Ijen. Mais le temps nous est compté, et pour nous autres voyageurs du week-end, le temps c'est de l'argent... nous optons donc pour la version taxi. Et c'est parti pour... 5
heures de route !!! Imaginez-vous donc atterrir à Roissy, et demander tranquillement au chauffeur de taxi de vous conduire à Brest... c'est un peu pareil :-)
Nous arrivons à Bondowoso vers 15h. Le dernier (et unique ?!) bémo pour Sempol est déjà parti. Un gars accepte finalement de nous monter à Sempol, moyennant plus de 10 fois le prix du bemo public.
Pas le choix... Deux heures de route, enfin, si l'on peut encore appeler ça une route, qui ressemble davantage à une succession de nids de poule et de caillasse !!
Sempol, enfin. On se pose dans une guesthouse, il est 17h. Et dire que ce matin, nous étions à Singapour... et nous voilà maintenant au milieu de plantations de café sur l'île de Java, avec les
dernières lueurs qui éclairent le Kawa Ijen que nous apercevons au loin ! Vivement demain !
La nuit fut courte... Réveil à 4h du mat (!!!), un petit dej' rapidement avalé, et c'est parti 1h en "ojek" (taxi-moto) dans la pénombre... tout est désert, silencieux... il fait frais, la route
est sinueuse et étonnamment peu cabossée, et au fond le Kawa Ijen détache son ombre imposante devant les premières lumières...
Nous laissons les motos au centre PHKA de Pos Paltuding. Séance "signature des registres et acquittement du droit d'entrée". On prévient notre chauffeur de moto qu'il ne sert à rien de nous
attendre, car nous comptons passer une grande partie de la journée au sommet, et pas seulement une heure ou deux, comme la majorité des touristes...
Après une petite heure de montée parfois raide (il est 5h du matin, les muscles sont encore engourdis !), nous croisons les premiers porteurs de souffre, et arrivons au niveau d'une maison de bois,
où les porteurs de souffre effectuent la pesée de leur chargement.

Encore quelques centaines de mètres, et nous arrivons sur l'arrête du cratère. Il est à peu près 6h du matin, il fait jour, mais le cratère est toujours à l'ombre. Au fond du cratère, une épaisse
fumée... et l'on aperçoit des dizaines de petits silhouettes qui s'activent...

Nous décidons de descendre dans le cratère. Le chemin est étroit, et nous croisons de nombreux porteurs qui remontent leur chargement de soufre. Nous faisons bien attention de ne pas les gêner dans
leur travail, c'est évidemment la moindre des choses...
(attention, descendre dans le cratère est dangereux. Lisez mon avertissement en fin d'article).
Au fur et à mesure que nous descendons, l'odeur
pestilentielle
du soufre se fait de plus en plus forte. Imaginez une odeur d'oeuf pourri... nous approchons prudemment de l'endroit où les mineurs collectent le soufre. Inutile de préciser que leurs conditions de
travail sont infernales !!! Tant bien que mal, ils essaient de se protéger des vapeurs de soufre qui arrivent sans prévenir. Je vous jure, quand le vent tourne et que la fumée nous
entoure, on ne fait pas les malins... les yeux commencent à piquer, la gorge brûle... c'est impressionnant, pour ne pas dire vraiment flippant. Et ces mineurs endurent de telles conditions de
travail pendant de longues heures...

Ci-dessous, le mineur esquive un nuage de souffre, et mord son chiffon mouillé pour limiter la brûlure de la gorge...

Nous discutons un moment avec des mineurs. Salaire moyen: 5 dollars par jour. C'est à dire au dessus du salaire moyen dans la région... mais à quel prix ! En moyenne 4 aller-retours quotidiens
entre l'intérieur du cratère et la base du volcan, avec des charges qui dépassent 70 kg... Leur espérance de vie ne dépasse pas 40 ans, la faute à ces vapeurs hautement nocives.
Quelle leçon de vie que de voir ces mineurs piocher, charger leur paniers, plier sous le poids du bambou... et alors que nous remontons doucement, des mineurs descendent en trottinant et en
chantant...

Il doit être à peu près 7h ou 8h du matin, le soleil fait à présent de belles percées et dévoile progressivement le lac vert en arrière plan.

Une fois de retour sur l'arrête du cratère, on décide de remonter le long de la crête, pour essayer (est-ce possible ?) de faire le tour dans le sens inverse des aiguilles d'une montre. Les points
de vue sont magnifiques, et évidemment nous ne croisons absolument personne !
En arrière plan, des cônes volcaniques se détachent ici et là, paysage typique (et superbe) de cette région Est de Java...

Ci-dessous, une vue intégrale du lac. Les mineurs travaillent dans la fumée sur la gauche.

Une pause biscuits plus tard, nous continuons notre marche autour du cratère. Mais progressivement, le chemin devient un peu plus incertain, parfois un peu vertigineux. Par où faut-il donc passer ?
Nous descendons en contrebas sur le flanc extérieur du volcan, dans l'espoir de contourner à travers la forêt. Mais après de longues et éreintantes hésitations, nous décidons de rebrousser chemin :
les nuages commencent déjà à monter de la vallée, nous n'avons qu'une petite bouteille d'eau et un demi paquet de biscuits, un peu limite pour entreprendre ce hors-piste ! Un peu déçus certes, mais
la sagesse l'emporte...
De retour à l'entrée du cratère, les mineurs continuent leur travail harassant, entre ceux qui retournent dans le cratère avec les paniers vides, et ceux qui en remontent avec 70kg sur
l'épaule...

Ici, c'est la pesée. Chaque mineur y passe, ils sont payés au kilo ! Les masses transportées sont impressionnantes : on dépasse régulièrement les 80 kg... et le gars qui contrôle la pesée me
raconte qu'il a déjà vu passer 107 kg...

Nous redescendons au pas de course. De retour au PHKA, nous décidons de continuer la "chaîne". Et oui, où vont les mineurs avec leur chargement ? Que font-ils du soufre ? Nous décidons de les
suivre, et c'est avec surprise que nous arrivons dans un gigantesque hangar. C'est ici que le souffre est "traité": fondu au feu de bois dans de gigantesques marmites, puis solidifié en fines
couches sur le carrelage, puis concassé avant d'en remplir de gros sacs. Et le tout dans une odeur et une chaleur insoutenables !

De retour au PHKA, nous rencontrons une bande de jeunes indonésiens très sympa, qui se proposent de nous ramener à Bondowoso dans leur van. On ne se fait pas prier longtemps, et ils sont aussi
ravis que nous ! Sur le passage, quelques arrêts dans la région de Blawan, notamment connue pour ses cascades et sa végétation luxuriante... à noter, un plouf dans les sources chaudes d'un
petit village, au milieu d'indos amusés de voir ces touristes profiter de ces plaisirs locaux...

Retour à Bondowoso, où nos amis nous invitent à déguster le meilleur "Bakso" de la ville. Cette soupe avec boulette de viande s'avère être délicieuse, et ça change du traditionnel nasi goreng !
Une nuit dans un petit hôtel cheap de Bondowoso, et départ aux aurores pour Surabaya, en bus local (nous avons le temps !). Sur le chemin, nous nous arrêtons quelques heures pour
constater les ravages causé par "Lapindo", ce lac de boue donc je reparlerai...
A bientôt !
Thib.
PS: étant donnée l'irrégularité persistante de la fréquence de publication,
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!!!
Quelques recommandations / conseils si vous allez dans le coin :
- ATTENTION, descendre dans le cratère est dangereux, et c'est officiellement interdit. Ne sous-estimez pas les vapeurs de soufre. Il suffit d'un coup de vent dans le mauvais sens, et
ça peut mal se passer. Les yeux qui piquent, et la gorge qui brûle. Soyez prudents. Si jamais vous décidez de descendre, et si vous êtes pris dans un nuage de soufre, faîtes comme les mineurs,
mordez dans un mouchoir humide.
- Même si ça va de soi, essayez de faire le maximum pour ne pas déranger les mineurs... Notamment, laissez-leur la priorité lorsqu'ils montent ou descendent... c'est la moindre des
choses...
- N'hésitez pas à leur donner des petite pièces ou des bouteilles d'eau... vous pouvez également acheter des petites statues de souffre.
Détails pratiques: prix indicatifs, comme d'hab'... au moins ça vous donne une idée...
Deux possiblités pour rejoindre le site du Kawa Ijen : via Surabaya / Bondowoso / Sempol, ou alors via Bali / Gilimanuk / Ketapang / Banyuwangi. Nous avons choisi la première option, surtout à
cause d'une promo de Silkair vers Surabaya.
- taxi de Surabaya -> Bondowoso : 550 000 Rp. Tarif négocié en arrivant à l'aéroport. Environ 5 heures de trajet. C'est 10 fois moins cher en bus public, que l'on a pris au
retour.
- Bemo de Bondowoso -> Sempol : 250 000 Rp. Environ 2 heures de trajet.
- droit d'entrée à Sempol : 5 000 Rp / pers
- ojek (moto) Sempol -> PHKA : 35 000 Rp / pers (aller simple). Environ 45 min de trajet.
- Arabika Guesthouse à Sempol : 125 000 Rp la chambre.
- droit d'entrée PHKA site du Kawa Ijen : 15 000 Rp / pers
- bus Bondowoso - Surabaya : 24 000 Rp / pers
=> Budget total constaté pour 3 jours, tout compris sauf les vols, par personne: 74 euros (merci Tom-Tom !)
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