thibinspore
 
Mercredi 19 septembre 2007
Notre périple de 10 jours sur Lombok commence avec un morceau de choix : l'ascension du volcan Rinjani, le plus haut sommet d'Indonésie, qui culmine à 3 726 mètres.

J'avais vu quelques photos de l'endroit sur internet, et c'est principalement pour ce volcan qu'on avait décidé d'axer ce périple de 10 jours sur Lombok (et pas ailleurs en Asie)... C'est dire qu'on était motivés pour découvrir la bestiole !!!

Après un Singapour - Mataram (aéroport de Lombok) sans histoire avec Silk Air (oui, le vol fut soyeux), on chope un taxi pour rejoindre Sembalun, qui se trouve à 3 heures de route. Une fois n'est pas coutume (surtout en Indo !), notre chauffeur conduit de façon "plus lente tu meurs". En fait, il connaissait pas la route !

Arrivée à 22h dans le petit bled de Sembalun, situé à 1000 mètres d'altitude, il fait nuit noire. Evidemment, on a rien réservé, on ne connaît même pas les noms des auberges. A l'arrache totale, comme d'hab...

Après quelques errances nocturnes, et aidés par notre sympathique taxi driver, on pose nos sacs au "Pondok Sembalun".

Le challenge est le suivant : il est 22h, et idéalement on voudrait démarrer demain matin à l'aube le trek "classique" (3 jours et 2 nuits) pour atteindre le sommet du Rinjani et en redescendre. Il nous faut un guide, éventuellement quelques porteurs (c'est courant en Indo), la nourriture pour 3 jours, une tente, des sacs de couchage et quelques autres babioles...

Bonne nouvelle, ils sont ok pour tout nous organiser d'ici demain ! Par contre, on découvre que l'on a peu de marge de manoeuvre : à l'inverse du Semeru (voir ici) où l'on avait tout organisé nous-même, en dégottant un guide ici, une tente par là et un peu de nourriture là-bas, ici c'est plus organisé et rôdé, sous la forme d'un package "all inclusive". La marge de négociation est assez faible. Le prix final me semble élevé (100 euros par personne tout compris pour 3 jours), mais ne chipotons pas, ils nous affirment pouvoir être prêts demain à l'aube, et ça, ça vaut cher !!! On dit banco.

A gauche ci-dessus, les registres et autres "permis" à remplir avant de rentrer dans le Parc National. A droite, notre bungalow pour la nuit !


Allez, c'est parti. 7h du matin. Grand ciel bleu. Le Rinjani se dresse devant nous. Ca s'annonce bien !


Au programme de cette première journée, la montée jusqu'au camp de base. Au bas mot, 1600 mètres de dénivelé positifs ! Mais l'on ne porte rien du tout, à peine un petit sac... les porteurs ont insisté pour tout prendre. Ok, comme vous voulez, les gars ! Résultat, ça nous paraît moins difficile que nos randos précédentes...

Ci-dessous, un aperçu des charges de nos 3 (!!!) porteurs. C'est vraiment "local", comme portage, avec un morceau de bambou...


Ah si, j'allais oublier LE moment tragique : j'ai perdu mon bob, je sais pas trop comment. Mon p'tit bob préféré, qui me suivait (ou plutôt me couvrait le chef, soyons précis) depuis plus de 10 ans dans toutes mes escapades... Que voulez-vous, on s'attache, hein. J'en profite pour passer une annonce : si vous passez par là, que vous voyez un bob et que vous vous dites "pinaise, mais qu'est-ce qu'il est moche ce bob !!!", merci de le ramasser (délicatement) et de me prévenir. Mon mail est en haut de cette page. Je rembourse les frais de port.

Puis, le ciel se couvre... mais la montée se poursuit, tranquilement. On a juste un peu les pétoches, en voyant tout ce brouillard s'accumuler... "t'imagines, si on a un temps pourri comme çà au sommet demain matin ?" Euh, non, j'imagine pas trop... alors on monte en croisant les doigts de pieds...


Tout à coup, on sort de la couche de nuage, et on voit un truc du genre, le genre de chose qui te cloue littéralement sur place :


Sur notre gauche, le Rinjani sort de la brume, et dévoile sa crète... cette longue crête est au programme de la nuit prochaine, yeeeepeeee !!!


On arrive à un très grand moment. Le genre d'instant qui déclenche toute une série d'onomatopées jubilatoires, type "waaahou", "vââââche" et autre injures moins mignonnes.

Alors d'un côté, il y a ça :


Et de l'autre, ça ressemble un peu à ça :


Grosse pause obligée. Mitraillage photographique. Sieste. En fait, on attend surtout les porteurs, qui ont bien dû mettre le double de notre temps ! On les avait prévenu qu'il fallait nous laisser porter un peu, ils ont pas voulu...

Pour terminer cette journée, un petit quart d'heure de marche sympathique, pour rejoindre le camp de base, fort sympathique lui aussi (du moins sa localisation, car dans les faits l'endroit est malheureusement assez crade... dommage).

J'aime beaucoup la photo ci-dessous. On y voit le camp de base, sur la droite, avec les dernières lumières de la journée. Un camp de base adossé à la montagne, et ce versant abrupt qui plonge dans la mer de nuage... tout simplement magique.


Inutile de préciser que l'on a eu un coucher de soleil absolument somptueux. Un cinéma en plein air, gratos ! Et sans pub ! Le tout petit cône juste à gauche du soleil, c'est le volcan Agung, situé sur... Bali ! Ca en jette, non ?


En contrebas, le lac Segare Anak (çà veut dire "enfant de la mer", joli nom !) se désenbrume (ça existe ce mot ?)...


Ces dernières lueurs me permettent quelques extravagances photographiques :


Fini de revâsser. Passons aux choses sérieuses. Après une bonne nuit réparatrice, lever 2h15 du mat'. Dehors, il fait un froid de canard. Vive les vacances, hein. Qu'est-ce qu'on fout là ?!

Début de l'ascension vers 3h du mat' et quelques patates (froides).

Le tout début (30-45 minutes environ) est difficile, genre très "sableux". Assez éprouvant physiquement, mais on en sort assez vite. A part une douleur dans l'adducteur gauche, je suis à peu près en forme, donc je touche du bois (ou des cailloux).

La partie centrale de cette ascension finale est tout simplement extraordinaire : imaginez, vous montez pendant une heure sur une crête quasi rectiligne, avec de chaque côté des vues splendides sur les lumières (éparses !) de Lombok et des îles alentours. Le tout sous une voute céleste flanquée d'une splendide Voie Lactée. Avec un fin croissant de lune orange qui pointe le bout de son nez (lunaire). C'est vraiment féérique, la meilleure partie de l'ascension !

Alors on se dit que c'est plutôt peinard, le Rinjani, en fait... trankilou-bilou-finger-in-ze-noze !

C'est sans compter la toute fin (en gros, la dernière heure) de l'ascension. Que ce fut rude !!! Vous avez déjà essayé de monter une dune, pendant 1 heure non-stop ? C'est à peu près pareil. Sauf que là, on est à 3 700 mètres (donc vite essouflés), on se les gèle (un bon pti vent froid), et on sait pas ce qu'on fout là. Bref, une bonne heure à lutter contre ces minuscules pierres qui roulent sous les pieds. Il est prévu pour quand, l'escalator ? Ou un téléphérique ?! Bon. J'en bave un bon coup. Le guide, qui monte à côté de moi, en bave aussi, c'est un moment étrange de "partage" dans la douleur ! Quant à Aurélien, il a pris une longueur d'avance...

Le pire, c'est que vers la fin, je me suis dit "merde, je vais rater le lever de soleil, ça commence déjà". Genre la séance de cinoche elle va commencer sans moi ! Alors j'ai mis les bouchées doubles. Ouille les jambes !!! En feu.

Et finalement, après un ultime (et difficile) effort, on arrive en haut...

Quel panorama !!! Je vous passe les onomatopées jubilatoires... Comble du bonheur, nous sommes seuls au sommet. Le guide, mon pote, et moi. La séance peut commencer !!!

Et la séance commence, effectivement. C'est ouf', tout simplement. On surplombe toute l'île de Lombok, on voit la mer à 360 degrés. Sous le soleil, l'île de Sumbawa. Et de l'autre côté, Bali.


Regardez-moi ce lac, superbe. Et ce cône d'ombre en arrière-plan, formé par les premiers rayons horizontaux qui épousent la forme du Rinjani !


Et, sous les premiers rayons qui réchauffent, on entame la récompense tant attendue : le saucisson !!! Et pas n'importe quel sauciflard. Tout droit venu de Corse, oui Môôsieur ! Et le couteau ? Corse également ! On ne fait pas les choses à moitié... Vous allez rire, on en bavait tellement qu'on avait fait un pari la veille, pour savoir qui aurait l'honneur de déguster la première tranche...


Honnêtement, je crois que c'est la meilleure tranche de saucisson que j'ai jamais dégusté :-)

(les lecteurs de ce blog qui ne regardent que les images - la majorité, sans doute ! - doivent se demander ce que fout cette charcuterie au milieu de ces montagnes !)

Il est temps de redescendre. Un pur bonheur, cette descente. Comme dans du beurre. Autant la montée fut rude, autant la descente fut facile ! Vous avez déjà dévalé une dune de sable pendant 1 heure ? C'est à peu près pareil :-)

En plus le soleil brille, le panorama (maintenant ensoleillé) est époustouflant, à gauche comme à droite. Le trip total. Quel grand moment que cette descente (ou plutôt ce dévalage...) du Rinjani !!!


(j'adore cette photo ci-dessus !)

N'oublions pas le panorama grandiose sur la caldeira du Rinjani, qui rend obligatoire les pauses entre deux cavalcades... Le volcan au premier plan, c'est le Gunung Baru, volcan toujours actif (le Rinjani est inactif). Pour ceux qui ne savent pas ce qu'est une caldeira, voir ici !


Finalement, on arrive au camp de base. Avec quelques nouveaux occupants, qui rôdent autour des tentes : des singes ! Ils sont partout !

La tradition veut que l'on déguste un "banana pancake" au retour du sommet. Les porteurs, qui étaient resté au camp, nous tendent les assiettes...

A peine ai-je entamé le mien que j'entends un "ATTENTION !!!"... et là... c'est déjà trop tard... j'ai juste le temps de voir un singe détaler en courant, avec mon banana pancake dans les pattes... Limite il s'est posé plus loin et il a dégusté en me narguant !

J'ai eu beau lui balancer les pires injures, il ne m'a jamais rendu mon pancake...

(pour l'anecdote, ce banana pancake, même avorté, a été le premier d'environ une bonne vingtaine pendant ce séjour lombokien !)

Bon, c'est pas tout ça, mais on a pas très envie de s'éterniser au camp de base. En contrebas, le lac nous attend, et on n'a qu'une envie, c'est d'aller y piquer une tête ! Profitons du beau temps, avant que les nuages ne montent de la vallée !

Vous auriez vu la tête du guide, quand on lui a dit qu'on était prêts à repartir... Le pauvre, il a dû se dire "mais p*** pourquoi je leur ai pas mis 25 kg sur le dos à la montée, à ces deux là ?!?" Bons princes, on lui a laissé une demi-heure de répit supplémentaire avant de repartir ;-)

Descente au lac, donc. C'est marrant, on se croirait pas tellement en Indo. Ca ressemblerait presque à des paysages pyrénéens (instant nostalgie !).


Une fois arrivés au lac, première impression : beurk !!! C'est vraiment crade, des déchets et autres restes de repas partout... nous qui voulions piquer une tête, hors de question, du moins pas ici. On laisse le guide sur place pour attendre les porteurs, et on marche sur le bord du lac, à la recherche d'un endroit plus sympa.


Autant dire que ce plouf fut rafraîchissant ! Et quel cadre, nager devant le volcan Gunung Baru... Etrangement, l'eau n'était pas si froide (18-20 degrés, ce qui est chaud pour un lac à 2000m !), et ce grâce aux sources chaudes et autres phénomènes géothermiques de l'endroit.

(ce plouf fut également l'occaz de se débarbouiller un peu, la dernière douche remonte à... Singapour !)


Un petit saut aux sources chaudes, à 10 min de marche du lac :


Une eau à 40 degrés, voire plus pour celle de la photo ci-dessus. On se plonge dans les "moins chaudes", tout doucement. Raaaaaaaaah..... trop trop bon !!!

Par contre, le truc moins cool, c'est qu'après avoir passé 10 min dans un bain brûlant pareil, tu n'as qu'une envie, c'est d'aller dormir illico !!! Mais ce n'est pas tellement au programme tout de suite... il faut d'abord remonter de l'autre côté du lac... 3 bonnes heures de montée, argh !

Paysages superbes, derrière nous, durant cette montée. Regardez-moi ça :


C'est d'ailleurs au cours de cette montée que l'on peut prendre la très "carte-postal-esque" (ou fond-d'écran-esque !) photo suivante :


En haut à gauche, le sommet du Rinjani, où l'on était ce matin aux aurores. En contrebas, le lac Segare Anak. Et dans ce lac, le volcan Baru, toujours actif ...

Arrivés là-haut, après ces 3 heures de montée, ce sont encore des onomatopées jubilatoires. Sachant que la vue derrière nous correspond à la photo précédente (pas dégueu), la vue devant nous ressemble maintenant à ça :


Pfiiiiou... j'vous jure, y'a de quoi convertir un athée chevronné devant tant de belles choses ;-)

Et c'est précisément ici, sur cet endroit magnifiquement situé, que l'on va camper cette nuit !!! Elle est pas belle la vie ?

Coucher de soleil de tueur, on s'en serait douté. Le pti cône au fond, c'est Bali, encore une fois ! Vive le cinéma en plein air, moi je dis !


Une jolie récompense que ce coucher de soleil, après cette rude (physiquement) journée... rappelons qu'on s'est levé à 2h du mat', et qu'on a pas chômé depuis... niveau dénivelé, le bilan est environ 1500 en positif et pareil en négatif !!!

Au petit matin, on dit au-revoir à ce lac enchanteur, et l'on redescend dans la vallée...


Descente à fond les ballons... on a dû mettre 3 heures pour descendre (le guide annonçait 5h). Environ 80% en courant (ou trottinant). La majeure partie se déroule en forêt, donc les vues sont moins spectaculaires... les cuisses sont mises à rude épreuve ! Si après cette rando on a pas des cuissots de béton dignes de celles d'un rugbyman néo-zélandais au sortir de sa séance de muscu, je lâche l'affaire...

(soyons honnêtes, j'ai lâché l'affaire)


Arrivée à Senaru, petit village situé à 600 m d'altitude. Wow, on a quand même dévalé 2100 mètres de dénivelé aujourd'hui !

On était prêts à aller découvrir les cascades de Senaru, mais le guide semble très très peu motivé... le pauvre, je crois qu'on l'a poussé à bout ! Résultat, on se cantonne à attendre nos porteurs, qui arriveront bien plus tard...

Je vous fais le résumé de ces 3 jours de rando ? Non, je pense que vous avez vu votre dose de superlatifs dans cet article. On va encore dire que je m'extasie trop !

Notre séjour lombokien démarre à 200 à l'heure, ça c'est clair. Et ce n'est que le début... affaire à suivre dans l'article suivant, très très bientôt ! Direction les petites îles Gili !

Thib, Rinjani lover.

Détails pratiques :
- taxi Mataram -> Sembalun : 350 000 Rp en taxi "officiel". Peut-être possiblité de trouver moins cher en "non officiel" ? Je sais pas, il était déjà tard, on voulait pas s'embêter... 2h30 de route environ.
- nuit au Pondok Sembalun, petite pension de Sembalun. Environ 60 000 Rp la chambre.
- package "all inclusive" pour le trek (3 jours 2 nuits) : 100 euros par personne environ, après (gentille) négociation. Ce prix inclut le guide, les porteurs (3 !!! ils cuisinent également), la nourriture, l'eau, la tente, les sacs de couchage et tapis de sol, le transfert vers l'embarcadère pour les îles Gili (2h de voiture). Point positif : je n'ai jamais aussi bien mangé lors d'une rando ! On était aux petits soins... presque un peu trop !

Note importante :
Ce long article pourrait laisser penser que cette rando est "facile". Ce n'est pas à prendre à la légère ! Les dénivelés sont importants pendant ces 3 jours de marche. Au total et en cumulé, environ 3200 m de dénivelé positif, et 3700 m en négatif. On en a rencontré qui ne sont pas montés au sommet, trop épuisés après le premier jour. Par contre si vous êtes un peu sportif et/ou avez déjà fait quelques randos sur plusieurs jours, pas de souci majeur. Techniquement, aucune difficulté. Surtout que l'on marche "léger", grâce aux porteurs. Le plus important, c'est le mental, surtout à la toute fin !

En ce qui me concerne, j'ai eu quelques jolies courbatures pendant les 2-3 jours suivants...
Mais je ne veux décourager personne, au contraire, car cette rando est une des plus belles que j'ai faite !!!
 

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